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Faire du lettering : se lancer quand on débute


Vous voulez faire du lettering et vous ne savez pas par où commencer. Cet article répond à tout, dans l’ordre : ce que le lettering est vraiment (et ce qu’il n’est pas), le matériel pour démarrer, l’anatomie d’une lettre, et comment vous créer un style à vous.

Le lettering, c’est dessiner des lettres à la main, une à une, contour par contour, pour une composition unique. Pas besoin de savoir bien dessiner ni de maîtriser une plume : on part d’un squelette simple et on l’habille. C’est exactement par là que je suis passée.

Je suis Cathy, calligraphe et graveuse sur verre. Le lettering a été ma porte d’entrée vers tout le reste, et je le pratique depuis sur le papier, l’écran, les vitrines et le verre.

Lettering, calligraphie, typographie : trois familles à ne pas confondre

On mélange souvent les trois, alors posons-les clairement, parce que ça change ce que vous allez apprendre.

Le lettering consiste à dessiner des lettres. Chacune est tracée pour elle-même, avec ses formes, ses pleins, ses ornements, et n’a de sens que dans la composition pour laquelle vous la faites. C’est un travail à usage unique : le même mot, dessiné deux fois, ne tombera jamais pareil.

La calligraphie, elle, consiste à écrire de belles lettres à l’outil, plume, calame ou pinceau. Le trait naît du geste et de l’outil, en une seule passe, avec des règles assez strictes qu’il faut apprivoiser. C’est plus exigeant techniquement, et moins libre.

La typographie, enfin, c’est la création de polices : un jeu complet de caractères pensé pour être répété à l’identique, posé par une machine sur n’importe quel projet. Le texte que vous lisez en ce moment est composé en typographie. Une police ne sait pas faire d’arabesque qui relie deux lettres précises : ça, c’est un arrangement humain, et c’est précisément ce qu’apporte le lettering.

Comparatif des trois familles : le lettering dessine les lettres à la main pour un seul usage, la calligraphie les écrit à l'outil d'un geste, la typographie répète une police à l'identique
Trois logiques de fabrication différentes pour un même alphabet : on dessine, on écrit, ou on répète.

Retenez la frontière : le lettering se dessine, la calligraphie s’écrit. Le reste découle de là.

Comment je suis venue au lettering (et pourquoi ça m’a fait reprendre le dessin)

Avant Ocaium, je faisais des calculs thermohydrauliques : ingénieure de formation, très loin du crayon. J’ai commencé par le brushlettering, hypnotisée par les vidéos d’écriture au feutre pinceau. Puis je suis tombée sur des artistes anglophones sur Instagram, Natalie de @threeologie et Aurélie de @aureliemaron, dont les créations en lettering digital m’ont vraiment accrochée.

Je me suis donc procuré mon premier iPad, le modèle 2020, et j’ai appris sur Procreate en suivant des tutos pendant le confinement, quand j’avais le temps. D’abord sur papier, puis en version digitale : textures, 3D, et même des lettres animées par la suite.

Ce qui m’a tenue, c’est que le lettering combine le dessin et l’écriture sans la peur de la page blanche. Je ne me trouvais pas douée en illustration, je m’étais découragée, je ne dessinais plus depuis des années. Le lettering m’a redonné un cadre : des lignes guides, un squelette, un processus à suivre. J’ai commencé avec mon bullet journal, ça a été mon moment créatif de la semaine, et je n’ai jamais arrêté depuis. Par la suite, j’ai eu l’occasion de faire des prestations de lettering pour plusieurs événements en Île-de-France, et même pour Louis Vuitton à Monaco.

Si vous vous croyez « nul en dessin », c’est peut-être justement pour vous : on ne dessine pas une scène, on construit des lettres.

Le lettering se pratique sur presque tout : choisissez votre support

Contrairement à la calligraphie ou au brushlettering, qui réclament un couple papier-outil précis, le lettering n’impose rien. C’est la technique visée qui décide du matériel.

Pour débuter, le strict minimum suffit : un crayon, du papier et une règle pour tracer vos lignes guides. Vous n’avez pas besoin d’investir avant de savoir si ça vous plaît. Vient ensuite la diversité des supports, selon ce que vous voulez faire :

S’équiper sérieusement (un bon iPad, des médiums de qualité, un set de feutres) représente un budget : comptez de quelques dizaines à plusieurs centaines d’euros selon la voie. Mais commencez avec ce que vous avez déjà ; vous compléterez après.

L’anatomie d’une lettre : le vocabulaire qui change tout

Avant de jouer avec les styles, il faut comprendre comment une lettre est construite. C’est moins rébarbatif qu’il n’y paraît, et ça vous évitera la plupart des maladresses de débutant.

D’abord, les lignes guides, ces lignes invisibles qu’on trace puis qu’on efface :

Ensuite, la structure de la lettre elle-même : le fût (le trait vertical), la traverse (l’horizontal, la barre du « T »), les ascendantes et descendantes (ce qui dépasse en haut et en bas), les empattements (les terminaisons : une police serif en a, une sans-serif non).

Reste le point que je vois le plus rater : le crénage, l’espacement entre deux lettres. Un mot est harmonieux quand l’espace optique entre chaque lettre paraît égal, pas l’espace mesuré. Mon réflexe d’ingénieure : imaginez que l’aire de vide entre chaque paire de lettres doit être la même, et vous corrigerez l’œil tout seul.

Créez votre propre style de lettering à partir d’un squelette

Bonne nouvelle : vous n’inventez pas une lettre de zéro. Vous partez d’un squelette et vous l’habillez. Deux squelettes de base :

À partir de là, tout se joue par étapes. Donnez d’abord une épaisseur au squelette : même épaisseur partout pour un style régulier, ou pleins et déliés à la main pour du relief. Jouez ensuite sur la forme des coins (arrondis ou nets), l’inclinaison, la forme des arêtes. Avec le seul mot « Fun » en lettres bâtons, je peux déjà sortir une dizaine de styles différents rien qu’en variant ces curseurs.

Puis on embellit, dans cet ordre :

  1. les empattements (serif, ou slab serif pour des terminaisons rectangulaires) ;
  2. les ornements (flourish), ces arabesques en extension des lettres, délicates à équilibrer mais qui font toute la signature ;
  3. les ombres portées et les textures, pour la profondeur : la position de votre source de lumière décide où tombe l’ombre, et un médium texturé (aquarelle, encre métallisée, brush sur Procreate) change toute l’ambiance ;
  4. la couleur, en dernier : un contraste fort pour la lisibilité, une couleur vive réservée au mot-clé, un dégradé pour le dynamisme.

Une seule règle au-dessus de toutes : le style doit coller au message. Des lettres rondes pour un mot tendre, de grosses bâtons sans serif pour un mot qui claque. On ne met pas un faire-part de mariage en Comic Sans, et la même logique vaut en lettering.

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Le mot de la fin : pratiquez, et nourrissez votre œil

Le style ne se décide pas, il se dépose à force de répéter. Observez votre environnement, fouillez Instagram et Pinterest côté français comme américain, copiez pour comprendre, puis détournez. C’est en traçant le même mot dix fois qu’on finit par sentir où mettre le plein, où ouvrir le délié.

Et si votre lettering vous mène un jour vers un support qui dure, le verre, le miroir, un flacon, c’est là que mon métier prend le relais : parlez-moi de votre projet, on en fera une pièce qui se garde.

Questions fréquentes

Faut-il savoir dessiner ? Non : on construit des lettres à partir d’un squelette, ce n’est pas de l’illustration. Quel matériel pour commencer ? Un crayon, du papier, une règle. Le reste viendra. Lettering ou calligraphie pour débuter ? Le lettering : plus libre, moins de contraintes d’outil au départ.


Voilà de quoi vous lancer en lettering sans vous tromper de porte. Commencez petit, sur un coin de carnet, et tracez le même mot jusqu’à ce qu’il tombe juste. Quand vous tiendrez votre premier style, montrez-le-moi : rien ne me fait plus plaisir.