Vous voulez faire du lettering et vous ne savez pas par où commencer. Cet article répond à tout, dans l’ordre : ce que le lettering est vraiment (et ce qu’il n’est pas), le matériel pour démarrer, l’anatomie d’une lettre, et comment vous créer un style à vous.
Le lettering, c’est dessiner des lettres à la main, une à une, contour par contour, pour une composition unique. Pas besoin de savoir bien dessiner ni de maîtriser une plume : on part d’un squelette simple et on l’habille. C’est exactement par là que je suis passée.
Je suis Cathy, calligraphe et graveuse sur verre. Le lettering a été ma porte d’entrée vers tout le reste, et je le pratique depuis sur le papier, l’écran, les vitrines et le verre.
Lettering, calligraphie, typographie : trois familles à ne pas confondre
On mélange souvent les trois, alors posons-les clairement, parce que ça change ce que vous allez apprendre.
Le lettering consiste à dessiner des lettres. Chacune est tracée pour elle-même, avec ses formes, ses pleins, ses ornements, et n’a de sens que dans la composition pour laquelle vous la faites. C’est un travail à usage unique : le même mot, dessiné deux fois, ne tombera jamais pareil.
La calligraphie, c’est l’art de dessiner les lettres en travaillant leur forme, leur rythme et leur disposition. La plume, le calame et le pinceau sont des outils possibles, mais ce ne sont pas les seuls. Je pratique aussi la calligraphie avec une graveuse sur le verre, le métal ou le plastique, selon la compatibilité du support.
La typographie, enfin, c’est la création de polices : un jeu complet de caractères pensé pour être répété à l’identique, posé par une machine sur n’importe quel projet. Le texte que vous lisez en ce moment est composé en typographie. Une police ne sait pas faire d’arabesque qui relie deux lettres précises : ça, c’est un arrangement humain, et c’est précisément ce qu’apporte le lettering.
Ces pratiques se rejoignent dans le travail de la lettre. Le support, l’outil et la composition changent la manière de la construire.
Comment je suis venue au lettering (et pourquoi ça m’a fait reprendre le dessin)
Avant Ocaium, je faisais des calculs thermohydrauliques : ingénieure de formation, très loin du crayon. J’ai commencé par le brushlettering, hypnotisée par les vidéos d’écriture au feutre pinceau. Puis je suis tombée sur des artistes anglophones sur Instagram, Natalie de @threeologie et Aurélie de @aureliemaron, dont les créations en lettering digital m’ont vraiment accrochée.
Je me suis donc procuré mon premier iPad, le modèle 2020, et j’ai appris sur Procreate en suivant des tutos pendant le confinement, quand j’avais le temps. D’abord sur papier, puis en version digitale : textures, 3D, et même des lettres animées par la suite.
Ce qui m’a tenue, c’est que le lettering combine le dessin et l’écriture sans la peur de la page blanche. Je ne me trouvais pas douée en illustration, je m’étais découragée, je ne dessinais plus depuis des années. Le lettering m’a redonné un cadre : des lignes guides, un squelette, un processus à suivre. J’ai commencé avec mon bullet journal, ça a été mon moment créatif de la semaine, et je n’ai jamais arrêté depuis. Par la suite, j’ai eu l’occasion de faire des prestations de lettering pour plusieurs événements en Île-de-France, et même pour Louis Vuitton à Monaco.
Si vous vous croyez « nul en dessin », c’est peut-être justement pour vous : on ne dessine pas une scène, on construit des lettres.
Le lettering se pratique sur presque tout : choisissez votre support
Choisissez le matériel selon la technique et le support. Un feutre pinceau demande par exemple un papier adapté à sa pointe ; dessiner les contours d’une lettre au crayon laisse d’autres possibilités.
Pour débuter, le strict minimum suffit : un crayon, du papier et une règle pour tracer vos lignes guides. Vous n’avez pas besoin d’investir avant de savoir si ça vous plaît. Vient ensuite la diversité des supports, selon ce que vous voulez faire :
- papier et médiums (feutres, aquarelle, gouache, acrylique) pour des affiches, des illustrations, un carnet ;
- toile et peinture pour un tableau ;
- digital sur tablette, avec une application comme Procreate ou Adobe Illustrator, pour des créations qu’on imprime ou qu’on publie ;
- objets et vitrines, aux marqueurs acryliques ; c’est là qu’on rejoint mon métier, par exemple les plans de table calligraphiés sur miroir pour un mariage ;
- verre et bois, par la gravure ou la pyrogravure, pour un résultat qui ne s’efface pas.
S’équiper sérieusement (un bon iPad, des médiums de qualité, un set de feutres) représente un budget : comptez de quelques dizaines à plusieurs centaines d’euros selon la voie. Mais commencez avec ce que vous avez déjà ; vous compléterez après.
L’anatomie d’une lettre : le vocabulaire qui change tout
Avant de jouer avec les styles, il faut comprendre comment une lettre est construite. C’est moins rébarbatif qu’il n’y paraît, et ça vous évitera la plupart des maladresses de débutant.
D’abord, les lignes guides, ces lignes invisibles qu’on trace puis qu’on efface :
- la ligne de base, le sol sur lequel vos lettres reposent (droite, ou ondulée pour un effet bouncy) ;
- la hauteur d’x, la hauteur d’une minuscule sans jambage, comme le « x » ;
- la hauteur de capitale, celle d’une majuscule ;
- l’axe d’inclinaison, qui décide si votre écriture est droite ou penchée, et où tombent les pleins et les déliés.
Ensuite, la structure de la lettre elle-même : le fût (le trait vertical), la traverse (l’horizontal, la barre du « T »), les ascendantes et descendantes (ce qui dépasse en haut et en bas), les empattements (les terminaisons : une police serif en a, une sans-serif non).
Reste le point que je vois le plus rater : le crénage, l’espacement entre deux lettres. Un mot est harmonieux quand l’espace optique entre chaque lettre paraît égal, pas l’espace mesuré. Mon réflexe d’ingénieure : imaginez que l’aire de vide entre chaque paire de lettres doit être la même, et vous corrigerez l’œil tout seul.
Créez votre propre style de lettering à partir d’un squelette
Bonne nouvelle : vous n’inventez pas une lettre de zéro. Vous partez d’un squelette et vous l’habillez. Deux squelettes de base :
- les lettres bâtons (block letters), nos capitales d’imprimerie, faites de traits droits ;
- le script, l’écriture cursive, où les lettres se relient par des traits fluides.
À partir de là, tout se joue par étapes. Donnez d’abord une épaisseur au squelette : même épaisseur partout pour un style régulier, ou pleins et déliés à la main pour du relief. Jouez ensuite sur la forme des coins (arrondis ou nets), l’inclinaison, la forme des arêtes. Avec le seul mot « Fun » en lettres bâtons, je peux déjà sortir une dizaine de styles différents rien qu’en variant ces curseurs.
Puis on embellit, dans cet ordre :
- les empattements (serif, ou slab serif pour des terminaisons rectangulaires) ;
- les ornements (flourish), ces arabesques en extension des lettres, délicates à équilibrer mais qui font toute la signature ;
- les ombres portées et les textures, pour la profondeur : la position de votre source de lumière décide où tombe l’ombre, et un médium texturé (aquarelle, encre métallisée, brush sur Procreate) change toute l’ambiance ;
- la couleur, en dernier : un contraste fort pour la lisibilité, une couleur vive réservée au mot-clé, un dégradé pour le dynamisme.
Une seule règle au-dessus de toutes : le style doit coller au message. Des lettres rondes pour un mot tendre, de grosses bâtons sans serif pour un mot qui claque. On ne met pas un faire-part de mariage en Comic Sans, et la même logique vaut en lettering.
Pour travailler au feutre pinceau, commencez par les conseils de brush lettering pour débutants.
Le mot de la fin : pratiquez, et nourrissez votre œil
Le style ne se décide pas, il se dépose à force de répéter. Observez votre environnement, fouillez Instagram et Pinterest côté français comme américain, copiez pour comprendre, puis détournez. C’est en traçant le même mot dix fois qu’on finit par sentir où mettre le plein, où ouvrir le délié.
Pour découvrir le passage du dessin des lettres au verre, l’article sur les coulisses de la gravure montre mes outils et ma méthode.
Questions fréquentes
Faut-il savoir dessiner ? Non : on construit des lettres à partir d’un squelette, ce n’est pas de l’illustration. Quel matériel pour commencer ? Un crayon, du papier, une règle. Le reste viendra. Lettering ou calligraphie pour débuter ? Le lettering : plus libre, moins de contraintes d’outil au départ.
Commencez petit, sur un coin de carnet, et tracez le même mot jusqu’à ce qu’il tombe juste. Les livres de lettering que j’utilise donnent d’autres pistes pour explorer la forme des lettres.